Nina Roberts aurait pu être une porno star parmi d'autres et se marier avec un riche patron pour être tranquille jusqu'à la fin de ses jours. Seulement voilà, derrière, il y a Sophie et elle veut vivre. Partager avec tout le monde ses expériences, ses émotions. Alors elle écrit. Après J'assume, une biographie particulièrement attachante comme elle, Sophie a écrit un roman, Grosse vache, à la première personne pour parler d'une maladie qu'elle connait bien : l'anorexie. L'éditeur Scali n'a pas jugé bon de le sortir sous son vrai nom, malgré sa demande, mais retenons qu'il a eu l'audace de publier un livre dérangeant, courageux, sensible et qui étonne par sa maîtrise innocente. Merci à Sophie d'exister - et à Nina d'avoir bien voulu jouer la pin-up spécialement pour nous.
Comment as-tu ressenti l'accueil de ton premier
livre, J'assume ?
J'ai réussi à toucher des gens aux profils
très différents, pas seulement les hommes qui me
connaissaient grâce au X, mais surtout des femmes. Et des
ados? Je me rappelle cette jeune fille de 17 ans qui m'avait
branchée dans la rue et qui m'avait dit que depuis qu'elle
avait lu mon livre, elle ne regardait plus les hardeuses comme
avant. J'étais émue parce que c'est exactement le but
que je m'étais fixé. Je connais les idées
reçues sur le sujet et je voulais les secouer.
Qu'en ont pensé tes anciennes «
collègues » ?
Je n'ai eu que des réactions positives. En allant voir un
copain réal sur un tournage, j'étais tombée
sur Angie Kiss, qui le lisait et qui était ravie de pouvoir
me dire qu'elle trouvait ça génial et que ça
l'aidait à l'accompagner durant ses premiers pas dans le X.
Beaucoup d'actrices l'ont lu et m'ont encouragé à
continuer d'écrire.

Et
Ovidie ?
Elle ne l'a pas lu, je crois. Mais ça ne m'empêche pas
de l'adorer ! En revanche, j'ai lu Porno
manifesto et c'est un peu trop féministe
à mon goût.
Niveau promo, comment ça s'est passé
?
Quand on va chez Cauet, on sait que c'est plus pour montrer ses
nichons que pour parler d'un bouquin. Mais j'ai été
dans des émissions où j'ai pu m'exprimer, notamment
chez Ardisson et Bern. J'ai plus senti des barrières
à cause de mon passé avec la presse écrite. Je
sais par exemple que Madame Figaro n'a pas voulu
lire J'assume parce qu'une
ancienne hardeuse en était l'auteur. Ce n'est pas une
surprise, je ne m'attendais pas non plus à faire
l'unanimité. En tout cas, la promo s'est faite plus
facilement que pour Grosse vache.
Cela fait maintenant deux ans et demi que j'ai arrêté
le porno, j'écris des livres, j'essaie d'avoir des propos
intelligents... J'intéresse moins les médias !
Tu as commencé à
écrire Grosse vache très vite
après...
J'avais arrêté le porno et je me suis bien sûr
demandée ce que j'allais
faire. J'assume ayant bien
marché, je me suis naturellement attaqué à un
roman mais ça n'a pas été facile, loin de
là. J'ai écrit une première version, de 60
pages, qui me plaisait énormément. C'était
obsessionnel et imprégné de poésie dark. Je la
fais circuler autour de moi et les critiques sont dithyrambiques.
Hélas, mon éditeur n'aime pas, parce que je l'ai
écrit à la première personne et que
c'était malvenu, juste après une biographie. Pour
traduire l'obsession, je ne voyais pas comment éviter
le Je, c'était une évidence. Je
suis rentrée chez moi, j'ai pleuré, m'en suis
débarrassé et je me suis mise à écrire
une nouvelle version. Que je n'aime pas. Je recommence deux
semaines plus tard, j'écris 25 pages dans un style
complètement différent et je trouve ça pourri,
j'abandonne. Ensuite,
j'écris Toxicomanie,
l'histoire d'une fille qui veut décrire sa maladie dans un
livre qui ne plaît pas à son éditeur, du coup
elle s'enferme chez elle et écrit un livre qui ne lui
plaît pas (Rires). Mon éditeur baisse les
bras et me laisse finalement carte blanche. Après un dernier
essai, j'ai décidé de réécrire la
première version, à l'aide de brouillons que j'ai pu
dénicher, et voilà l'histoire de Jessica, mon
héroïne, publiée. Deux ans pour y arriver.
Comment tu as gagné ta vie ?
Je fais des shows en discothèque et dans des salons
érotiques. Ca ne me saoule pas trop. Je ne te cache pas que
j'aimerais bien faire autre chose, j'en ai un peu ras le bol de
montrer mes fesses. Mais je ne vais pas me plaindre non plus, je
suis bien consciente que j'ai déjà de la chance de
pouvoir gagner de l'argent facile. Seulement, à trente ans,
j'espère que je serai à un niveau supérieur.
J'ai fait aussi une scène lesbienne pour
Hervé Bodilis, parce que c'est un très bon ami et
que j'avais adoré travaillé avec lui peu de temps
avant d'avoir arrêté le X. Il me voulait absolument
dans son film alors j'ai accepté. J'en ai fait une autre
depuis pour un autre ami,
Martin Cognito. Et je vais en refaire une pour Hervé. Il
semble avoir du mal à trouver des françaises qui ne
savent pas trop mal jouer la comédie (Rires).
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